« La Tentation du retour » Roman

Sigune rentre dans son pays d’origine : l’Allemagne de l’Est. En instance de divorce, elle a quitté la Bretagne en y laissant sa fille. Elle retrouve des ambiances, des objets et des saveurs, mais constate aussi des changements qui l’inquiètent : la montée de la xénophobie et des idées radicales. Elle espère valoriser son pays en travaillant à la candidature de la région de Naumburg pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Un jour, elle reçoit un mail de Johannes, un amour de jeunesse.
Sigune réussira-t-elle à reconstruire sa vie en Allemagne de l’Est ou choisira-t-elle de revenir vivre auprès de sa fille ?

15 euros

Editions Les Perséides, Rennes

https://www.letelegramme.fr/finistere/morlaix/la-tentation-du-retour-nouveau-roman-de-saskia-hellmund-26-05-2020-12557354.php

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morlaix-29600/morlaix-saskia-hellmund-publie-un-nouveau-roman-6849149

Conférence « La tentation du retour »

  • Le dimanche 03/04/22 à 16h au café culturel « L’improbable » à Plestin-lès-Grèves (22) 

 

Début du texte :

I

La secrétaire ne cache pas sa surprise.

« Je n’en reviens pas. Ils ont enfin recruté une Ossi ! »

Sigune ne bouge pas, interloquée. Pourquoi cette exclamation, ici, à l’Est ?

La secrétaire remarque son désarroi.

« Excusez-moi, ce n’est pas un bon accueil. Vous devez vous demander où vous êtes tombée. Mais jusqu’à maintenant, ceux qui décidaient, qui rédigeaient la candidature pour l’Unesco, qui organisaient le marketing venaient tous de l’Ouest. Comme si chez nous, personne ne savait faire ! Ça fait quand même plus de 25 ans que la RDA n’existe plus, les gens ont eu le temps d’apprendre et de s’adapter.»

Les paroles tombent sur Sigune comme une pluie fine. Cette façon de souhaiter la bienvenue la met tout de suite dans le bain. Elle connaît la chanson. Parce qu’elle est née à l’Est.

« Maintenant que la candidature a été refusée, qu’il faut la retravailler d’urgence, qu’on s’est ridiculisé devant le monde entier parce qu’on a un patrimoine remarquable mais qu’on ne sait pas donner les bons arguments pour convaincre l’Unesco, maintenant on embauche quelqu’un du crû pour se rattraper. Soyez sûre que, si la candidature n’est pas acceptée en juillet 2017, ça sera la faute des Allemands de l’Est qui ne savent toujours pas se vendre ! »

La tirade semble finie, enfin.

Elle essaye de répondre.

« Mais, je ne viens pas d’ici. Je suis née en Thuringe. J’ai découvert la région il y a quelques années seulement et j’en suis tombée amoureuse. De Naumburg et de ses environs, les vignobles, les églises, les forteresses. Je trouve que la région mérite d’être classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Effectivement, la candidature n’était pas convaincante, d’après ce que j’ai vu sur internet.

Il faudrait insister sur le fait que la topographie n’a pratiquement pas changé depuis le haut Moyen Âge. Les villes et villages se sont étendus, certes. Il y a le train, des routes adaptées aux besoins d’aujourd’hui. Mais les structures anciennes subsistent, sont toujours visibles à l’œil nu. Le nouveau s’est superposé à l’ancien sans le détruire. C’est une chance inouïe ! »

La secrétaire acquiesce, contente.

« Je comprends pourquoi on vous a choisie. Il y avait beaucoup de dossiers de candidature. J’ai classé tout ça. Bon, votre bureau se trouve derrière la porte à gauche. Bonne installation ! »

Sigune ouvre prudemment la porte. On ne sait jamais… Mais non, c’est vide.

Un bureau moderne, noir, délicat. Très certainement acheté par une femme, ou pour une femme, ou les deux.

Une fenêtre sans rideau donne sur la rue. Des étagères derrière le bureau, un lavabo dans un coin. Blanc, propre, les robinets à l’ancienne.

Elle s’approche. Non, c’est de l’ancien, authentique. Son œil d’historienne frémit de bonheur. La maison doit dater de la Belle Epoque : une villa immense avec jardin.

Du troisième vue sur la vallée de l’Unstrut. En entrant dans le bâtiment, elle était montée jusqu’en haut dans la cage d’escalier. Repérer les lieux, s’orienter. Elle a vu la Neuenburg au-dessus de Freyburg. Sa tour, séparée du château comme le campanile des églises italiennes, l’a saluée. Elle s’appelle Dicker Wilhelm, le gros Guillaume. Elle a lu qu’elle avait à l’origine deux sœurs, mais elle est la seule qui ait survécu au temps qui passe. Aujourd’hui, elle n’a plus à protéger la Neuenburg, forteresse immense, commencée au XIe siècle par les margraves de Thuringe, à l’époque, gardienne de la frontière de l’Empire. Plus à l’Est, c’étaient les Slaves, des barbares qu’il fallait convertir au christianisme, de gré ou de force. Pendant des siècles, Naumburg et ses environs se trouvaient aux confins du monde civilisé.

La Neuenburg a été transformée plus tard en résidence baroque, mais l’extérieur est resté dans son jus. Elle est aussi grande que la Wartburg qui domine Eisenach plus à l’ouest, mais aucune scène d’un opéra de Wagner ne s’y passe et aucun moine hérétique n’y a traduit la Bible du latin en langue dite vulgaire. Pas de noms connus, rien de spectaculaire. Mais si un chevalier tout droit sorti du Moyen Âge y passait avec son cheval, personne ne s’en étonnerait.

 

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